journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

13 mai 2008

La fin détend


" Et ils vivèrent heureux

jusqu’à la faim des temps …"

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08 mai 2008

Voyage à Paris, épisode 2/4, première partie

De bon matin, nous allons chercher les paniers repas pour midi. Déception des élèves : nous avions demandé des sandwiches végétariens, ils sont au poulet. La viande n’est pas préparée selon les rites religieux, seuls trois d’entre eux voudront bien y toucher. C’est un problème pour nous, les accompagnateurs. Bien sûr, nous respectons les religions, mais partir avec des enfants qui ne veulent manger que chez Mac Do et qui refusent de toucher à ce qu’on leur sert, ce n’est pas évident pour des enseignants d’une école laïque. Nos journées sont longues et épuisantes, pas envie non plus qu’ils s’évanouissent de faiblesse. Si au moins ils savaient pourquoi ils font cela, je crois que je l’accepterais mieux, mais ils l’ignorent hélas. Ils savent juste que c’est interdit et, dans le doute, ils refusent tout. Hier, ils étaient sûrs que le Coran leur interdisait d’entrer dans une église, aujourd’hui ils affirment qu’ils n’ont pas le droit de toucher au poulet ni même au pain qui est autour. Je trouve ça absurde, je n’aime pas les règles qui ne sont pas comprises. D’autant plus que ces règles, je ne crois pas qu’on les trouve dans le Coran mais je ne suis pas assez calée pour pouvoir en juger.
Bref. Nous voilà avec 17 sandwiches sur les bras. Faut faire avec. Citronnelle explique alors que ce serait stupide de jeter cette nourriture et qu’il y a plein de mendiants dans Paris à qui ça pourrait profiter. Les mômes sont d’accord.
Nous sommes au cimetière du Père Lachaise. Les enfants marchent entre les tombes, ils se suivent en file indienne. C’est étonnant ce tableau. Ces mômes qui passent à côté de grands hommes dont ils ignorent tout, ou presque.
Chopin devient Charlie Chopin, Choplin ou Mary Choplins, Molière les laisse presque indifférents, La Fontaine les étonne encore (comment une fontaine peut-elle avoir une tombe ?…). Ils ne retiendront pas les noms, ou très peu, ce monde n'est pas le leur mais ils s’arrêtent devant les caveaux et les tombes monumentales, interloqués.
- Comment peut-on construire des villas à l’intérieur d’un cimetière, madame ?
- Ce ne sont pas des villas, ce sont des tombes !
- Mais… personne n’habite dedans ?
- Hé ! Venez voir ! Un corbeau !
Les appareils photos sont sortis et une chasse au corbeau s’organise soudain…
Certains cherchent la tombe de Jésus, en souriant, je leur explique que Jésus n’a pas de tombe puisqu’il est ressuscité, ils trouvent l’argument très convaincant et arrêtent de chercher.
Nous passons devant la tombe de Petrucciani, elle est toute petite…
Il y a un cochon rose en porcelaine sur celle de Desproges…
J’aime ce cimetière, les petits cailloux et les mots laissés sur la pierre, le silence, ces tentatives dérisoires d’arrêter le temps, c’est touchant.
Ciguë montre aux élèves la tombe de Géricault, elle est ornée d’une sculpture représentant le radeau de la méduse. Nous irons la voir le lendemain, au musée du Louvre. Médusés, ils sont médusés ! Comment pourra-t-on voir ce tableau puisque Géricault est mort ?
Jim Morrison, ils ne le connaissent pas, ils jettent un œil morne sur sa tombe, et retournent à leurs conversations. Une petite vient me voir pour me confier, scandalisée: «Madame, Iphigénie elle parle moyen âge ! ». Devant mon incompréhension, elle précise : « Elle m’a dit « Veux-tu me lâcher ? ! ». En effet…
Nous sourions en passant devant le caveau de la famille Truc et en imaginant des répliques cocasses du genre « Je viens de perdre un Truc », « Je vais à l’enterrement d’un truc », « Tu sais que monsieur Truc nous a quittés ? », blagues de profs disent les élèves…
Dans le métro, les enfants guettent « les pauvres », un musicien en costume les déçoit beaucoup : il n’est pas assez mal habillé pour faire la manche.
Un clochard se retrouve avec six sandwiches au poulet, vous auriez vu sa tête et celle des petits qui lui tendaient leur nourriture...
Nous nous arrêtons dans un square pour manger entre deux gouttes de pluie. Les petits jouent à chat, c’est beau de les regarder jouer.
Nous allons visiter la basilique Montmartre, j’ai l’impression que ça se passe un peu mieux qu’hier. Avec mon groupe de six filles, nous avançons doucement, nous ne disons rien, nous nous contentons de regarder. Nous nous asseyons sur un banc. Les petites sont fascinées par les dorures et par les yeux du christ, sur la voûte, qui nous suivent partout. L’une d’entre elles me demande : « Vous êtes croyante madame ? ». Je réponds que oui. Elle s’éloigne pour communiquer « discrètement » la nouvelle à ses copines. C’est l’émoi dans l’assemblée, la prof est croyante… Je ne sais pas ce qu’ils croient que je crois !
Nous sortons, les autres groupes nous rejoignent. Certains ont assisté au début d’une messe, ils ont les yeux qui piquent. Pour d’autres, nous confie Guimauve, la visite a plus relevé d’un concours intitulé « j’éteins le plus de bougies possible ». Le gagnant a fait 54.
Ah … les lumières de Paris…

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Voyage à Paris, épisode 2/4, deuxième partie

Place du Tertre, nous laissons à nos élèves dix minutes de quartier libre, nous sommes peut-être inconscients, je n’en sais rien. Il faut parfois faire confiance aux enfants si on veut mériter la leur. Nous ne les lâchons pas du regard, le quartier libre n’est pas si libre que ça…
Nous croisons un homme dans une chaise roulante, il n’a plus de jambes. J’entends un de mes élèves qui dit à un autre : « tu vois, c’est à lui que tu aurais dû donner ton sandwich ! ».
Près du métro Pigalle, certains de nos élèves font la queue devant des toilettes, les trucs bizarres en tôle, je n’ai jamais réussi à y aller, ça me fait trop peur ! Mais pour l’un d’entre eux, qui se dandine depuis un moment, ça urge vraiment. Il se dandine de plus en plus, plus que dix mètres, il grimace de douleur, plus que cinq mètres, et que c’est long cette attente, une vieille dame reste plus de dix minutes à l’intérieur, mon Christobald ne va pas tenir… La porte s’ouvre enfin et Christobald, de soulagement, se fait pipi dessus…
Derrière le petit groupe de nos élèves, une conne se met à gueuler que ça fait une demi heure qu’elle attend, que c’est pas croyable quand même, qu’est ce que c’est que ces enfants qui prennent tout leur temps, ouais, ouais, on est pressés nous aussi disent les gens… Je regarde mes petits, je leur souris et je leur dis : « on les emmerde ». Le suivant rentre calmement dans les toilettes sans un regard pour la foule furieuse. Je me retourne vers la conne et je fronce les sourcils comme je fais quand je veux montrer à mes élèves que je suis en colère sauf que là, je n’ai pas besoin de me forcer, ça part tout seul et me voilà à lui dire ses quatre vérités et à défendre mes petits. Non mais… Les élèves sont impressionnés, ils ne m’ont jamais vue comme ça, faut dire qu’ils ne m’ont jamais vue vraiment en colère. La conne baisse la tête.
J’emmène discrètement Christobald faire du shopping. Pendant que le reste de la troupe prend d’assaut le marchand de Kebab du coin, nous allons à la recherche d’un pantalon. Finalement, c’est un pantacourt qui fera l’affaire. Il est un peu trop grand pour lui mais Christobald n’ose pas faire le difficile. Bien sûr, il a honte, même s’il ne le dit pas, vous vous imaginez vous, avec votre froc tout trempé devant les élèves de votre classe et les profs ? Et devant les filles, vous imaginez ça ?
Nous revoilà, Christobald tient à pleines mains son pantacourt, c’est là que je remarque qu’il est trop grand pour lui. Je redoutais les moqueries, le regard des autres mais ces enfants-là ne sont pas comme les autres. Ils sont solidaires. Beaucoup d’enfants ont oublié ce que ça veut dire qu’être solidaire, pas les nôtres. Chacun vient prendre des nouvelles, propose sa ceinture ou un bout de ficelle, un cordon, et finalement Christobald retrouve le sourire grâce à la ceinture d’un poids plume comme lui. Beaucoup trop de poids plumes chez ces enfants. Le midi même, Christobald a mangé quatre sandwiches, il fallait le voir se jeter sur la nourriture, la frénésie qu’il y mettait. Christobald ne mange pas à sa faim chez lui et il n’est pas le seul.
Les champs Elysées, l’arc de triomphe au loin avec sa tombe de l’extra terrestre moldave inconnu, l’Obelix droit devant, les petits mitraillent tout ce qui passe, persuadés qu’ils vont forcément rencontrer une star.
Nous descendons l’avenue Montaigne pour rejoindre le pont de l’Alma.
Je ne sais pas bien comment raconter ça, ce passage-là, la misère qui côtoie l’indécence du luxe.
Les boutiques aux vitrines épurées, les gamins qui s’approchent pour voir si les prix sont marqués, les vendeuses dans leurs tailleurs qui flippent derrière les portes lourdes, les exclamations sidérées des élèves devant le petit bout de tissu à 9000 euros, l’incompréhension, totale.
La rencontre improbable entre deux mondes.
Barnabé voit soudain passer une Ferrari, il devient incontrôlable, se met à faire de grands gestes et bouscule une vieille dame très bien habillée. Elle lui lance un regard noir, il ne la remarque même pas. Un peu plus loin, devant le Plaza Athénée, une voiture de luxe est garée, Barnabé se précipite et s’appuie dessus en même temps qu’il essaie de se prendre en photo avec son portable. Nous, nous avons pris de l’avance, on a bien senti que c’était pas forcément une bonne idée ce petit détour par la rue Montaigne alors Citronnelle s’est retrouvée seule avec quelques loulous surexcités. Elle voit arriver deux malabars de trois mètres douze, Barnabé n’a toujours rien remarqué, il bouscule à nouveau la vieille dame quand il aperçoit une nouvelle fabuleuse voiture qui arrive devant le tapis rouge de l’hôtel. Les molosses courent après lui, Barnabé court plus vite encore, il slalome entre les voitures, du rêve plein les yeux. Les gens très bien du quartier regardent la scène, à moitié amusés et à moitié craintifs. Mais nos deux gorilles veillent, il ne sera pas dit que la misère restera longtemps dans cette avenue, à faire du mal aux yeux des nantis qui ont autre chose à faire que de supporter…
Bref. Pas la peine d’en rajouter.
Promenade en bateau mouche, les enfants sont heureux, nous aussi. Ils font des coucous aux gens qui sont sur les rives, aux touristes sur les ponts. Nous passons près de la tour Eiffel et Marjolin s’écrie : « ça sent la foire la tour Eiffel ! ».
On dirait bien qu’il y a de l’amour dans l’air, à en juger par certains regards échangés.
Marcel est assis devant moi, le lecteur MP3 vissé sur les oreilles. De son pantalon de jogging dépasse un caleçon jaune avec de petites fleurs roses…
Les premières minutes, les élèves sont attentifs et puis très vite, ils ne regardent plus le paysage, ils bavardent entre eux. De temps en temps, nous tentons un « oh ! regardez ! » mais sans grand succès. On dirait presque qu’ils sont déjà blasés. Certains observent un peu mais à travers le miroir de l’appareil photo de leur portable. Société de la consommation et du pouvoir d’achat où les souvenirs sont forcément tangibles, stockables et stockés.
Devant l’assemblée nationale,  Ciguë tente un « Oh ! regardez ! une Ferrari ! », les élèves se retournent vivement et quand ils réalisent qu’ils ont été eus, ils ricanent !
Barnabé a terriblement envie d’uriner, pas de toilettes en vue. Nous n’avons pas envie de prendre de risques, nous lui disons d’aller derrière un bus. J’entends soudain Ciguë qui dit : « Barnabé, derrière le bus ! pas SUR le bus ! ».
Nous rentrons au centre d’hébergement, épuisés, comme la veille.
A 22 heures, Barnabé est en train de recopier  50 fois « je ne dois pas hurler dans les couloirs ni aller dans le dortoir des filles ».
A  22 heures 30, il se met lui même des claques en constatant qu’il a oublié cinq lignes.
A 23 heures, je m’ouvre le doigt en essayant de retirer une pile coincée dans l’appareil photo d’une élève. Ceux qui sont venus assister à la délicate opération s’écartent en hurlant « ça saiiigne ! ». Mon doigt est délicatement soigné par Citronnelle et Guimauve, pendant ce temps Ciguë déloge la pile.
Vous vous demandez sans doute pourquoi la pile était coincée… L’explication est fabuleuse !
Adélaïde, la propriétaire de l’appareil, était venue implorer l’aide de Marjolin : la pile était morte. Marjolin, n’écoutant que son courage, avait mordu dedans pour lui redonner de l’énergie ! Le plus incroyable c’est qu’Adélaïde, même si elle n’est pas insensible au charme de Marjolin, ait essayé de remettre une pile totalement déformée dans son appareil photo…
Ah… L’amour…

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06 mai 2008

Le Père La Chèvre (petit apéritif pour patienter en attendant l'épisode deux)

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04 mai 2008

Voyage à Paris, épisode 1/4

Premier jour
Dans le hall de la gare, les visages anxieux des parents et des petites bobines encore ensommeillées.
Nous allons sur le quai.
Lâche ma main maman, lâche ma main.
Je l’entends qui pense « ne lâche pas ma main ».
Les enfants montent dans le wagon, les parents restent sur le quai.
L’un d’entre eux, monte dans le train soudain, il laisse quelques pièces au creux de la main de son fils et lui murmure quelques mots à l’oreille.
Le train va démarrer, les parents font des gestes d’adieu, les enfants les regardent tout en faisant semblant de ne pas les regarder.
Yohan ne veut plus partir, il a soudain mal au ventre, il se retient de crier au secours.
Le train démarre, les parents deviennent de plus en plus petits puis disparaissent.
Yohan regarde sa ville qui s’éloigne par la fenêtre, de grosses larmes coulent sur ses joues.
Citronnelle s’assoit à côté de lui. A chaque fois que nous croisons un train, il serre très fort sa main et son visage se crispe d’angoisse. « Madame, il ne vient pas sur nous ?».
Ciguë se promène entre les rangs et veille au grain. Il confisque des portables, lecteurs mp3 bruyants, des graines de tournesol et une bouteille de parfum.
Le train avance.
Un homme entre dans le wagon avec une guitare. « Un pianiste ! », s’écrie Barnabé tout content.
La pluie sur les vitres du TGV, le trajet fabuleux des gouttes.
C’est bientôt l’heure de manger. C’est toujours l’heure de manger. Les enfants sortent d’immenses sandwiches de leurs gros sacs, je devine leur mère qui a eu peur qu’ils manquent. Un déballage incroyable de nourriture s’opère, on se croirait dans les pires orgies. Dans le wagon, ça sent la joie et la misère.
Sur le trajet, les enfants aperçoivent des moutons, c’est du moins ce qu’ils crient dès qu’ils voient des vaches.
Les papiers de bonbons s’accumulent dans les poubelles, les visages se détendent à mesure que les ventres se remplissent. Paris approche.
Emeute dans le train quand l’un d’entre eux crie « la tour Eiffel! » au moment où nous croisons un pylône à haute tension.
Nous arrivons. L’excitation est palpable. Qu’est ce que c’est grand ici…
Allons déposer nos affaires au centre d’hébergement. "Quand est-ce qu’on mange" disent-ils déjà.
Nous prenons le bus pour aller sur l’île de la Cité, cité qui ne ressemble pas vraiment à la leur.
C’est le centre ville madame ?
Dans la cathédrale Notre Dame, visages ébahis, déroutés. C’est vieux, c’est grand, c’est beau.
Lisette est persuadée que j’ai parlé de Fantomas quand je lui montre saint Thomas sur un bas relief. Elle est un peu étonnée, mais pas trop.
Ciguë et Guimauve tissent des liens entre les religions, ils pointent les ressemblances tout en montrant les différences. Choc des cultures.
Dans le groupe de Citronnelle, c’est un peu plus compliqué. Yohan et Barnabé refusent de regarder, ils expliquent qu’ils sont musulmans et proclament qu’ils n’ont donc pas le droit de le faire. Il reste deux élèves dans le groupe : Christobald, un témoin de Jéhovah qui assaille Citronnelle de questions comme « Mais… pour les catholiques, c’est comment le paradis universel ? » et Elsine, un antireligieux convaincu qui ne cesse de s’exclamer : « Vous vous rendez compte de tout ce qui a été dépensé pour ça ? ! Vous imaginez le nombre de personnes qui sont mortes pour construire ça ! » . Un quatuor de choc !
Sur le parvis, des vendeurs assaillent nos élèves. 10 euros les 6 tours Eiffel. Les petits négocient ferme, nous en restons babas et observons avec émerveillement leur talent en la matière. Finalement, ce sera 6 tours Eiffel pour 4 euros plus un petit cadeau pour toi mon ami. Après les négociations, nous prenons des photos sur lesquelles ils brandissent fièrement leurs porte clés clinquants. Les vendeurs viennent nous en offrir, ils ont fait une bonne affaire eux aussi !
Nous nous promenons, nous allons au châtelet puis nous nous arrêtons quelques instants devant Beaubourg.
Pas possible de monter les escaliers roulants, c’est payant, nous nous contentons d’admirer les gros tuyaux et une araignée géante qu’il est interdit de toucher mais que les enfants touchent quand même.
Sur l’esplanade, des caricaturistes en pagaille. Vingt mômes s’agglutinent autour de l’un d’eux, ils l’appelleront « le grand patron ». Les touristes qui se font croquer nous demandent d’où nous venons. Les enfants répondent. Ils sourient quand le grand patron leur dit : « j’avais deviné, vous êtes bien bronzés ! ». On peut dire que pour avoir des couleurs, ils en ont ces enfants-là, Citronnelle en profite pour baptiser notre voyage : « La sortie Benetton ».
Nous allons partir mais un magicien commence son spectacle. Les élèves sont fascinés, ils nous supplient de les laisser regarder. Nous laissons, après tout, c’est pour eux que nous faisons ce voyage…
Le magicien plie une feuille, et, après maintes circonvolutions, il la transforme en un billet de 50 euros. Il appelle un enfant, un petit blondinet de quatre ans à peine. Il lui donne le billet et lui demande son prénom.
- Tu t’appelles Louis ? ! C’est un prénom de riche ça !
Et il lui reprend le billet. Chez nos gamins, c’est l’éclat de rire général, et les « Moi monsieur ! J’ai pas un prénom de riche » fusent.
Nous retournons au centre épuisés. Dans le métro, Konrad me demande : « Qu’est ce que vous avez préféré madame ? ». Je lui réponds, d’un air un peu blasé : « tu sais Konrad, je connaissais déjà, j’ai vécu à Paris pendant longtemps ». Il me regarde d’un air interdit. Il essaie à nouveau : « Mais, qu’est ce que vous avez préféré ? »
Je cherche une réponse, je n’en trouve pas, alors je lui retourne la question.
« Ben moi, c’est quand il a sorti un lapin de son chapeau ! ».
Ah…. Paris…

2008_04_30_43

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29 avril 2008

Reprise des hostilités

Le bruit, comme une claque dans la gueule après le silence des vacances.

Des enfants surexcités par le voyage à venir, ça y est, nous partons demain pour la capitale. Je suis heureuse pour eux, un peu nerveuse aussi, j'aimerais que tout se passe bien et je ne peux pas tout contrôler.

Ils ont des sourires jusqu'aux oreilles, ils partent enfin, ils quittent leur quartier. Sur 20, deux ont déjà pris le train, 1 est allé à Paris une journée, 16 n'ont jamais quitté leur ville natale. Ils regardent la plus haute tour de la cité et me demandent si elle est plus haute que celle d'Eiffel. Ils vont être surpris...

Cet après-midi, cours avec la classe de troisième Myrtille. Il doivent recopier le nom de deux villes portuaires. Au tableau, ça donne : " 2 viles protuaires sot : Tuoluose et Nanetes". Bien... Je vois qu'il y a encore du boulot mais pourquoi s'inquiéter, ils sont en troisième, ils ont seize ans, l'an prochain ils seront lâchés dans la nature...

Un peu plus tard, on étudie un tract de 1912 : "L'étranglement du repos hebdomadaire". Trois mots incompréhensibles pour eux. J'explique donc. Pour le mot étranglement, je passe par le verbe étrangler et leur demande sa signification. Pas de réponse. J'essaie à nouveau, surtout ne pas baisser les bras.

Une petite voix soudain : " Etrangler, madame, ça veut dire habiter en Angleterre je crois..."

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13 avril 2008

Devoirs de vacances

Voici quelques liens vers des articles que j’ai trouvés cette année (scolaire) particulièrement pertinents, amusants, touchants, tendres, bouleversants...
Bonnes lectures !

Buissonnerchez Samantdi :
« Considérer les enseignants comme des personnels dont il faut absolument améliorer la productivité met à mal tout ce qui était fait gratuitement. »
Le prof idéal, chez prof anonyme :
« Le prof idéal laisse les élèves découvrir le support pédagogique et sollicite leurs réactions. »
Le mystère des colles, chez Eluise :
« Je sais combien c'est fâcheux de venir un mercredi en colle. Mais tu vois, maintenant je suis sûre que tu ne recommenceras plus, parce que tu as compris qu'à toute déviance correspond une sanction... »
Tu ne les sauveras pas tous, chez Clochette   :
""De toute façon madame, tout le monde s'en fout de nous." On leur a dit tant de fois qu'ils n'étaient bons qu'à guetter en bas de leurs tours, qu'ils ont fini par le croire."
Peanuts et rognures d’ongles, chez le CPE :
Le dispositif d'aide aux devoirs qui se veut égalitaire et est sensé donner à tous les moyens de réussir à l'école bat de l'aile sérieusement.
Auriez-vous osé, chez Mimi je rêve :
Consigne : complète les mots avec les lettres M ou N.
Une déclaration commune d'enseignants en EP1 "ambition réussite", sur le blog quinze plus trois .
Sélim et Brice chez Doc-Doc :
«Sélim est en colère. Son stage s'est très bien passé, il a appris des choses et son patron était content de lui. »
Comment reconnaître un enseignant, chez Catherine :
Tes propres enfants lèvent la main pour parler à l’heure du souper.
Que fais-je ici, chez Lucinette :
« J'ai voulu faire ce métier pour procurer du plaisir aux gens, parce que l'école m'amusait, en ne sachant pas que l'école est le plus souvent douleur pour ces petits et grands bouts, qui luttent contre les mots, en ignorant que l'école souvent vous montre que vous êtes nuls, que vous ne valez rien »
Du bon usage du chameau, chez Charly le prof :
"Bon, il a surtout parlé de la drogue qu’on fume et il en a parlé pendant une demi-heure sans s’interrompre, mais pour résumer, il a dit que le haschich venait surtout du Maroc, que c’était pas bien, pas le Maroc, le haschich, et surtout, que c’était très interdit chez nous."
La DHG ou la mort programmée de la pédagogie, chez le professeur Carbure :
« la DHG c’est, pour faire simple, le nombre d’heures profs que le recteur accorde à un lycée pour assurer les formations maintenues dans l’établissement scolaire »
Tous à noter ? Dépêchez-vous !, chez  Jérôme
« La mode des sites commerciaux permettant une «évaluation» anonyme de professionnels, cités eux nominativement, se développe. »
Ô rage, ô désespoir..., chez Sifi  :
"Dans nos attributions de professeur de français, il y a la récitation."
Peur de rien blues, chez BBK.Mel :
« J’ai une petite classe bien tranquille »
Rousseau contre Sarko, chez Tietie007 :
«On ne naît pas homme ...on le devient ! »
A question idiote…, chez mamanCélib :
« Madaaaaaaameeeeee, on écrit ce que vous avez écrit sur le tableau ? »
Corriger n'importe où nuit gravement à l'équilibre du professeur, chez Ada :
"L’hyperpuissance des Etats-Unis se voit aussi dans le succès de son cinéma», explique mon élève Adil dans sa copie d’histoire."
Afin que meurent les rêves d’enfant, chez Bruno :
"Après tout, il faut qu’ils en bavent, les enfants. Il n’y a pas de raison qu’ils soient encore les seuls sur terre à vivre dans un monde un peu préservé."

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08 avril 2008

De la rage et de l'impuissance, en vrac

Elle ne vient plus depuis trois mois. J’apprends pourquoi, par hasard. Elle est mariée et elle attend son premier enfant. Elle a quatorze ans.
Il hésite à sauter dans le vide.
Et moi je voudrais juste qu’ils acceptent un peu de poésie, quelques mots, des petites armes pour affronter la vie, un livre oublié, une chanson démodée, un morceau de ciel sans les nuages.
Il a poussé ses affaires au coin de sa table et a mis sa tête entre ses mains. Il ne veut plus écouter.
Elle ne sait parler que pour insulter, elle ne connaît pas de mots d’amour.
Il sait frapper, ça suffit.
Elle pense à ce futur mari qu’elle ne connaît pas.
Et alors quoi, tu regardes Dora l’exploratrice et puis tu te fais baiser alors que tu n’as pas quatorze ans ? Nom de Dieu mais est-ce qu’on peut vraiment supporter ça, est-ce que je peux vraiment supporter ça ? !
Quatre ans que je suis dans ce bahut, c’est devenu banal alors que c’est insupportable.
C’est insupportable la misère de ces gosses,
C’est insupportable ces enfants qui sont battus,
C’est insupportable ces enfants qui n’ont plus d’enfance,
C'est insupportable ces appels au secours,
C’est insupportable !
C’est insupportable !
C’est insupportable !
Va donc après leur parler de classes grammaticales et de fonctions par rapport au verbe.
Allez, va donc leur vendre ta camelote, essaie de l’envelopper dans un joli paquet cadeau, on ne sait jamais, y’ en a peut-être qui croient encore à l’égalité des chances.
C’est insupportable ces coups d’épée dans l’eau,
C’est insupportable de hurler comme ça dans le vide,
C’est insupportable de savoir que ce sera pire demain.
Qu’est ce que tu veux apprendre à un gosse qui a faim ?
Qu’est ce que tu veux apprendre à un enfant qui est battu ?
Qu’est ce que tu...
Et merde.
Assez.

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02 avril 2008

L'arbre à souhaits, encore

"Je voudré allé a Disneyland

et être un telligent."

(c'est pas gagné...)

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28 mars 2008

Film muet

Le piano, juste le piano.
Buster Keaton apparaît sur l’écran et les enfants redeviennent des enfants.
Le piano accélère.
Le cinéma résonne de leurs éclats de rire.
Le piano joue encore.
Ces visages heureux, tâches de lumière dans la pénombre.
Et le piano, toujours.

- Pssst ! Pssst !
Mon collègue, Eglantier, est interpellé par une élève inquiète.
- Il faut dire à Madame Citronnelle de se reposer !
Eglantier ne comprend pas. Il cherche du regard notre collègue de musique, elle était devant l’écran pour surveiller les monstres mais elle a fini par s’asseoir dans un coin où on ne peut pas la voir.
- Monsieur ! Monsieur ! ça fait trop longtemps qu’elle joue du piano maintenant, elle doit être fatiguée !

Magie du cinéma, magie de l’enfance.

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